Dernière mise à jour le 29/01/2021

Avertissement : Cet article n’a pas pour objectif de prendre parti pour une entité ou une autre. Il explique simplement, factuellement, l’utilisation de manière asymétrique de l’information dans un conflit social. Il est tout à fait regrettable que des milliers de personnes se soient retrouvés au chômage lors de ces conflits sociaux. Cependant, on peut réellement s’interroger sur l’utilisation de l’information lors de ces derniers.

L’utilisation de l’information dans un conflit social

Début juillet 2012, Peugeot annonçait vouloir fermer son usine d’Aulnay-sous-Bois. À l’annonce de la suppression des 3000 emplois d’Aulnay-sous-Bois, les médias se sont emparés de l’information et l’ont diffusée.

Dans un grand nombre de médias sauf exception, il est mentionné les chiffres liés à ces licenciements, l’impact pour la région et les sous-traitants.

Pour la population,  la direction de PSA est ramenée à un groupe désireux de faire des profits au détriment de l’emploi. La charge de l’information est donc implicitement orientée contre le comité de direction de PSA, dont les communications ne sont plus entendues.

Un des seuls journaux à mentionner les difficultés du groupe est « le Monde ». Le journal rappelle que le groupe a subi une perte opérationnelle de 700 millions euros sur le premier trimestre 2012.

« Le groupe PSA Peugeot Citroën a toutefois annoncé qu’il avait enregistré une perte nette au premier semestre. Plombé par les mauvaises performances de sa division automobile. Le constructeur français s’attend à une perte opérationnelle courante de l’ordre de 700 millions d’euros pour sa branche automobile. La cause  est une dégradation de la conjoncture. Il table à présent sur une baisse du marché européen de 8 % cette année, et de 10 % en ce qui le concerne. » Source

Informations confidentielle VS Informations ouvertes

Sans entrer dans les détails financiers, dans cette affaire. Les médias ont véhiculé les revendications salariales et le désarroi des employés d’Aulnay. Ce qui correspond à leur mission de transmission de l’information en tant que médias.

Cependant, dans le même temps, en décidant de fermer Aulnay-sous-Bois, suite à une perte opérationnelle, la direction de PSA était vraisemblablement en possession des chiffres justifiant cette décision.

La difficulté pour PSA est de garder les raisons de cette fermeture confidentielle et pour cause. Ces raisons concernent directement la stratégie du groupe pour faire simple. Pour rappel, la stratégie est l’ensemble des actions permettant à l’entreprise de gagner des parts de marchés. Gagner des parts de marchés signifie également de créer des emplois, pour les 15-20 prochaines années.

Au final, les décideurs sont coincés dans une stratégie pour sauver l’entreprise dont ils ne peuvent révéler le contenu au grand public et de l’autre des journalistes qui, de facto, cherchent l’information là où elle est accessible c’est-à-dire auprès des salariés et des syndicats qui sont libres dans leurs propos.

Le rapport Sartorius

Enfin, début septembre 2012, le rapport Sartorius vient confirmer la décision de PSA de fermer certains sites de production, dont Aulnay. Ce rapport a simplement confirmé les décisions, prises par PSA, et mis l’opinion publique devant un fait. PSA est en difficulté et il est urgent d’agir. Cependant, on peut s’interroger sur la motivation des syndicats à avoir utilisé leurs accès aux médias pour s’indigner de la décision de la direction de PSA. À aucun moment, ils n’ont essayé de raisonner les salariés sur la justification de cette fermeture (pour rappel, les délégués syndicaux ont accès aux données chiffrées de l’entreprise et devaient être au courant de la situation).

Conclusion

L’utilisation asymétrique de l’information dans les conflits sociaux sanctionne doublement les décideurs. Non seulement ils doivent faire des choix difficiles tels que des licenciements ou des restructurations, mais en plus subissent le désaveu de l’opinion publique. L’opinion publique qui à une méconnaissance de la réalité sur la situation de l’entreprise. Le tout sans tenir compte de l’image négative que renvoie PSA auprès du grand public et des investisseurs. 

Pour ceux intéressés par le rapport Sartorius, c’est par ici !

Ajout du 30 juillet 2014 : Les décisions prises par PSA semblent être les bonnes. À ce jour, PSA renoue avec un bénéfice opérationnel de 477 millions d’euros contre une perte de 100 millions en 2013.

Jonathan SCHELCHER