Article mis à jour le 29/01/2021

Voici un article que j’aurais dû écrire il y a bien longtemps déjà. Récemment diplôme de l’École de Guerre économique, j’ai souvent lors de repas, soirées, rencontres, été présenté comme « le mec qui a fait une école d’espion ». Parfois aussi comme « le hacker qui va pirater des serveurs ». Que Nenni ! Je ne travaille pas pour les services secrets. Encore moins pour des gouvernements aux noms exotiques, ou pour des pirates informatiques. Je vous propose de remettre un peu d’ordre dans tout ce vocabulaire. Souvent emprunt d’amalgames, d’inexactitudes et parfois d’anachronismes, chez les non-initiés, ainsi que certains médias,  qui mélangent parfois un peu tous ces termes.

Dans un premier temps, il convient de rappeler pour la n°ième fois ce qu’est l’intelligence économique. L’intelligence économique se définit comme la recherche et la collecte d’informations de sources ouvertes ( facilement accessible au public). L’exploitation de ces informations passe par une phase d’analyse. Un volet sur la protection du patrimoine informationnel de l’entreprise, et également les actions d’influence viennent compléter cette définition. Il existe plusieurs autres définitions, les plus connues sont celles de Christian Harbulot (Directeur de l’École de Guerre Économique)1, Henri Martre, Bernard Carayon.

Classification de l’information

Contrairement aux services de renseignements (et non services secrets), l’intelligence économique se base sur de l’information dite « blanche » ou de « sources ouvertes ». Cette information est acquise par des logiciels de veille, et des stratégies d’élicitation et représente environ 80% de l’information totale.

Les services de renseignements (composés d’agents de renseignements et non pas d’espions) se chargent de répondre à des besoins d’État par l’acquisition de renseignements de sources grises (15% de l’information) ou noires (5% restants). L’information grise est l’information qui peut s’obtenir grâce à des confidences, grâce a des documents d’entreprise (Devis, pricing). Quand a l’information noire, il s’agit d’informations confidentielles obtenues souvent grâce à des méthodes illégales (Renseignement d’origine humaine ou technique).

Les services de l’Etat

Au sujet des services de renseignements, les plus connus sont la DGSE (Renseignement extérieur), la DPSD, la DRM. La DGSI qui remplace la DCRI qui était la fusion des RG et de la DST. Ces services sont composés d’agents de renseignements et non d’espions !

Quant aux services secrets, a priori il n’en existe plus en France ou du moins ils sont inconnus du grand public. Le terme « services secrets » est souvent utilisé à tort au profit de « service de renseignement » notamment dans les médias. Un exemple criant est le reportage d’envoyé spécial sur la DGSE où pendant 42 minutes on nous parle « d’espions » et non pas d’agents de renseignement.

Sémantiquement, un agent de renseignement devient un espion pour les services du pays dans lequel il opère. Par exemple, un agent de renseignement français envoyé dans un pays X, deviendra un espion pour ce pays X, mais restera un agent de renseignement pour la France.

Certes, il y a subtilité, mais les mots ont un sens, autant être précis. De plus, le terme « espion » est péjoratif dans la communauté du renseignement. A l’inverse dans le monde cinématographique le métier d’espion fait rêver (Jason Bourne, James Bond). Cependant, le cinéma reste une fiction, bien loin de la réalité !

En conclusion

De cet article vous aurez appris  que:

  • L’intelligence économique ne doit pas être assimilé à du renseignement
  • La DST et les RG n’existent plus, qu’on se le dise !
  • Les agents des agences de renseignements sont des agents de renseignements et non des espions
  • Non, le consultant en IE n’est pas un hacker, ni un espion !

Je ne peux que vous encourager à lire quelques ouvrages sur l’intelligence économique pour découvrir de manière plus précise les objectifs de ce concept. Je vous recommande le manuel d’intelligence économique de Christian Harbulot (Edition Puf) et L’intelligence économique, 2eme édition, de Nicolas Moinet et al, (Edition Dunod).

Jonathan SCHELCHER